Qu’il s’agisse d’un système machine-machine, où priment la robustesse et les flux, d’un logiciel métier, qui doit épouser le travail de ceux qui l’utilisent, ou d’un service grand public, où tout part des personnes et de leurs contextes, ma démarche reste la même : comprendre avant de construire, et remonter jusqu’aux causes plutôt que traiter les symptômes.
Cette démarche repose sur une conviction : la technologie doit augmenter notre maîtrise du réel, pas nous en éloigner. Personne ne devrait avoir à compenser durablement les défauts d’un système ou d’une machine. Je l’ai vécu en conduite de ligne : c’est trop souvent l’opérateur qui compense le système, au lieu d’être soutenu par lui. L’automatisation n’a de sens que si elle libère de l’attention pour ce qui exige du jugement et de la décision. Et un problème bien traité ne doit pas seulement disparaître : sa résolution doit produire de la connaissance et simplifier le système.
Cette question de la maîtrise dépasse pour moi le logiciel. De la révolution scientifique à la révolution industrielle, puis numérique et aujourd’hui algorithmique, nos systèmes n’ont cessé de gagner en puissance et en abstraction. Nous devons préserver notre capacité à saisir ce qu’ils font, pourquoi ils le font et comment ils transforment nos manières d’agir. Cela commence par ramener l’attention sur le réel et reprendre le temps d’observer et de modéliser.
Je me situe entre le pourquoi et le comment, entre la conception et la réalisation, entre l’humain et la machine. Mon travail : comprendre en profondeur pour concevoir juste, puis maîtriser la technique pour en faire quelque chose de concret, utile et durable. Je ne veux ni penser des systèmes que je serais incapable de construire, ni construire des systèmes dont je n’aurais pas interrogé le sens.